À La Réunion, 42 700 seniors dépendants attendus d'ici 2050

À La Réunion, 42 700 seniors dépendants attendus d'ici 2050

Familles et aidants face à un vieillissement qui s'installe plus tôt sur l'île

Pour les milliers de familles réunionnaises qui accompagnent chaque jour un parent âgé devenu dépendant, une donnée nouvelle pèse lourd dans les années à venir. Aujourd’hui, 11% des seniors de La Réunion vivent en perte d’autonomie, dont 5 600 dans une situation dite sévère, c’est-à-dire confinés au lit ou au fauteuil, ou dont les fonctions mentales sont altérées au point de nécessiter une surveillance permanente. D’ici 2050, selon l’Insee, cette population pourrait bondir de 135% pour atteindre 42 700 personnes, dont 14 600 en perte d’autonomie sévère, soit une hausse de 159%. Derrière ces chiffres, ce sont des trajectoires de vie, des foyers, des aidants, que les pouvoirs publics cherchent à anticiper.

C’est tout l’objet des états généraux du “bien-vieillir”, ouverts ce lundi 26 octobre dans l’hémicycle du conseil départemental. Plus de 200 participants y sont réunis, venus des institutions, des municipalités, des associations et du monde professionnel. Autour de la table : le logement, l’emploi, la santé. Les besoins, prévient-on, vont exploser, et il faut adapter les réponses en conséquence, et innover. Le détail des données mobilisées est notamment publié par Outre-mer La 1ère, à cette adresse : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/42-700-personnes-agees-en-perte-d-autonomie-d-ici-2050-a-la-reunion-des-etats-generaux-pour-des-reponses-adaptees-1751715.html

Ce qui distingue La Réunion, c’est d’abord le quotidien des personnes concernées. La perte d’autonomie y survient plus tôt et dure plus longtemps que dans le reste du pays, en raison d’un état de santé plus dégradé des seniors réunionnais. À 60 ans, une Réunionnaise peut espérer vivre encore 26 ans et 7 mois, dont 21 ans et 9 mois sans perte d’autonomie, contre 22 ans et 2 mois, dont 19 ans et 2 mois sans perte d’autonomie, pour un Réunionnais. Le phénomène progresse fortement avec l’âge et touche davantage les femmes, à raison de 12% contre 10% pour les hommes. 6% des 60 à 74 ans sont concernés, 17% des 75 à 84 ans, et 45% des 85 ans et plus. Pour la perte d’autonomie sévère, les proportions vont de 1% chez les 60 à 74 ans à 6% chez les 75 à 84 ans, puis 20% chez les 85 ans et plus.

Ces trajectoires trouvent souvent leur origine dans des maladies chroniques survenues en amont : obésité, maladies cardiovasculaires, diabète, affections respiratoires, troubles musculosquelettiques ou troubles psychiques. Or leur prévalence, particulièrement celle du diabète et de l’hypertension, est plus importante à La Réunion que dans l’Hexagone. En 2019, 72% des personnes de 65 ans ou plus déclaraient souffrir d’une maladie chronique, contre 58% dans l’Hexagone. Les conditions de vie et les déterminants sociaux jouent aussi un rôle central : les seniors exposés à des conditions de travail difficiles et à la pauvreté monétaire présentent plus souvent des problèmes de santé chroniques, indique l’Insee.

Face à ces besoins, le modèle réunionnais repose d’abord sur le domicile. 89% des seniors en perte d’autonomie vivent chez eux, contre 70% dans l’ensemble du pays. Un choix encouragé par la loi “Bien vieillir” de 2024, qui promeut le développement des services à domicile et le soutien aux aidants. Les services à la personne sont bien implantés dans l’île, et les solidarités familiales restent dynamiques, avec une cohabitation intergénérationnelle plus fréquente, même si elles tendent à s’éroder.

Mais la question du nombre de places en établissement se pose malgré tout. Seuls 5% des seniors en perte d’autonomie modérée et 25% de ceux en perte d’autonomie sévère résident en établissement, contre respectivement 17% et 57% au niveau national. L’écart tient en grande partie à l’offre : 48 places pour 1 000 personnes de 75 ans ou plus en 2022, contre 132 dans l’ensemble du pays, pour seulement 20 Ehpad dans le département. Aux 2 000 places existantes en 2021, 3 100 supplémentaires pourraient être nécessaires d’ici 2050 pour prendre en charge les seniors les plus isolés. Et pour aligner le taux de placement sur celui du national pour les personnes en perte d’autonomie sévère, il en faudrait 6 200 de plus, selon l’Insee.

Pour Jean-Jacques Coiplet, directeur de l’ARS de La Réunion, l’effort doit aussi porter sur le regard porté sur ces lieux de vie. « Peut-être faudra-t-il aussi considérer que nos Ehpad, qui parfois ont une mauvaise image alors que ce sont avant tout des lieux de vie et de soins la plupart du temps très bienveillants, puissent aussi s’adapter, faire en sorte que ce ne soit pas forcément la fin de vie. Imaginer que demain, la domotique, la robotique, l’intelligence artificielle au service de l’humain puissent apporter des réponses un peu différentes. » Des pistes qui engagent, au bout du compte, la qualité de vie de dizaines de milliers de Réunionnais et de leurs proches.

Q&A

Combien de seniors en perte d'autonomie sont attendus à La Réunion d'ici 2050 ?

42 700 personnes d'ici 2050, dont 14 600 en perte d'autonomie sévère, selon l'Insee, soit une hausse de 135 % et 159 % respectivement.

Pourquoi la perte d'autonomie survient-elle plus tôt et dure plus longtemps à La Réunion ?

En raison d'un état de santé plus dégradé des seniors : 72 % des 65 ans ou plus déclaraient une maladie chronique en 2019 (diabète, hypertension, obésité, maladies cardiovasculaires, etc.), contre 58 % dans l'Hexagone, avec un poids des conditions de travail difficiles et de la pauvreté.

Où vivent les seniors dépendants réunionnais ?

D'abord à domicile : 89 % d'entre eux vivent chez eux contre 70 % au niveau national, soutenues par des solidarités familiales dynamiques et les services à la personne, un modèle encouragé par la loi "Bien vieillir" de 2024.

Que propose Jean-Jacques Coiplet pour les Ehpad ?

Le directeur de l'ARS estime qu'il faut changer le regard porté sur ces lieux de vie, considérés comme bienveillants, les faire évoluer pour qu'ils ne soient pas forcément la fin de vie, et mobiliser la domotique, la robotique et l'intelligence artificielle au service de l'humain.