Océinde boss: 25 years wiring the Outre-mer, from GSM to fiber

Fiber, cables and shipping: the delivery record of an Outre-mer builder

Océinde boss: 25 years wiring the Outre-mer, from GSM to fiber

Un réseau GSM ouvert à La Réunion en 1994, avant même Paris. Un département fibré à près de 98 %. Et un différend ouvert avec Orange sur la couverture de Mayotte. Nassir Goulamaly, président directeur général du groupe réunionnais Océinde, a passé vingt-cinq ans à construire des infrastructures dans les Outre-mer, et il dresse le bilan dans un entretien accordé à Outremers360, disponible à cette adresse : https://outremers360.com/bassin-indien-appli/interview-industrie-numerique-liaisons-maritimes-nassir-goulamaly-president-directeur-general-du-groupe-oceinde-veut-faire-des-outre-mer-des-laboratoires-de-lindustrie-de-demain. Sa conviction tient en une phrase : les territoires ultramarins peuvent devenir des laboratoires de l’industrie de demain, précisément parce que les contraintes y sont plus fortes qu’ailleurs.

Créé en 1970, le groupe se définit comme un bâtisseur d’infrastructures d’avenir, avec une stratégie articulée autour de trois piliers : l’industrie, l’innovation et l’international. Selon son dirigeant, l’industrie crée de la richesse et des emplois, particulièrement dans des territoires isolés. L’innovation est abordée sans se limiter aux métiers historiques. Quant à l’international, il s’impose parce que les marchés ultramarins restent petits.

Cette logique de production s’appuie sur des réalisations concrètes. Le laboratoire central de l’ensemble des usines du groupe dans le monde est implanté à La Réunion, car la diversité des microclimats de l’île permet de développer des peintures et des revêtements résistant aux embruns, au soleil, à l’humidité et aux fortes chaleurs. Cette expertise acquise sur place est aujourd’hui exportée, alors même que l’Hexagone et l’Europe sont de plus en plus confrontés à ces problématiques climatiques.

Le dossier le plus sensible porte sur le déploiement de la fibre optique à Mayotte. Après avoir largement contribué au déploiement à La Réunion, aujourd’hui premier département fibré de France avec près de 98 % d’accès, la filiale Mayotte THD a remporté une délégation de service public pour couvrir l’ensemble du territoire mahorais. Mais le projet se heurte à un différend avec Orange, qui souhaite déployer son propre réseau sur fonds propres dans les zones les plus rentables. Or le modèle économique de la délégation repose précisément sur le financement des zones les moins rentables grâce aux revenus générés dans les secteurs denses. Si Orange concentre ses investissements sur ces seules zones, l’équilibre économique de l’ensemble du projet est remis en cause, au risque de favoriser les secteurs les plus riches au détriment du reste de la population mahoraise. Le problème, résume Goulamaly, n’est pas la présence de plusieurs opérateurs, mais la disparition de l’équilibre économique garantissant la couverture de tout Mayotte.

Sur ce dossier, le groupe a sollicité l’État. Goulamaly indique avoir évoqué la question avec le président de la République lors d’un déplacement à Mayotte et à La Réunion, et estime que le gouvernement doit faire preuve de davantage de courage et intervenir auprès d’Orange, dont l’État détient environ 30 % du capital. Il souligne aussi l’enjeu institutionnel : la délégation a été attribuée à l’issue d’une procédure parfaitement réglementaire, avec des élus entourés de cabinets spécialisés, et ces élus ont eux-mêmes voté cette délégation. Donner le sentiment que leurs décisions ne sont pas entendues, dit-il, revient à affaiblir la confiance entre les citoyens, leurs élus et les institutions, dans un territoire où elle est essentielle.

L’autre grand chantier est numérique. Avec ZEOP, le câble sous-marin METISS, Omega 1 et ses investissements dans les centres de données, Océinde ambitionne de faire de La Réunion un hub numérique stratégique dans l’océan Indien. L’atout est juridique autant que géographique : La Réunion et Mayotte sont des territoires français et européens, donc soumis au règlement général sur la protection des données, dans un environnement sécurisant pour les investisseurs. Il manque toutefois des moyens : deux câbles sous-marins supplémentaires et l’arrivée d’opérateurs capables de développer de grands hubs internationaux. Goulamaly défend aussi une route numérique méridionale reliant l’Inde, l’Afrique du Sud et les États-Unis, plus sécurisée, dans un contexte où les câbles sous-marins restent vulnérables, comme le montrent les difficultés en mer Rouge.

Vient ensuite le maritime, secteur qu’il connaît bien. Le groupe a participé dès les années 1980 au développement de la pêche à la légine dans les Terres australes via l’Armement des Mascareignes, avant de s’en retirer. Depuis une quinzaine d’années, il observe la concentration des grandes compagnies maritimes autour de hubs, sur le modèle du transport aérien. Situés à l’écart des grandes routes, La Réunion et Mayotte sont devenus, selon lui, une sorte de cul-de-sac : délais allongés, transbordements multiples, stocks à constituer, coûts répercutés sur les consommateurs. La crise du Covid et les tensions géopolitiques ont accentué ces fragilités, et il craint désormais des risques de ruptures d’approvisionnement alimentaire. D’où son projet de compagnie maritime régionale, dont une route directe entre La Réunion et le port de Sète, pour sécuriser les approvisionnements et faire de l’île une plateforme industrielle, numérique et commerciale entre l’Afrique et l’Europe. Encore faut-il, plaide-t-il, que l’Europe permette de commercer avec l’environnement régional : le Kenya, le Mozambique ou le nord de Madagascar sont de grands bassins de production agricole, alors que La Réunion importe d’Amérique latine des produits destinés à l’alimentation des bovins.

Sur le plan réglementaire, sa priorité est la stabilité, notamment sur l’octroi de mer, dont la remise en question régulière empêche les industriels d’anticiper. Il se dit favorable à une diminution progressive des aides publiques, de 5 ou 10 % par an sur plusieurs années, plutôt qu’à des suppressions du jour au lendemain. Il cite à l’appui le dynamisme observé lors de Choose La Réunion, notamment chez les femmes entrepreneurs réunionnaises. Le groupe a par ailleurs annoncé la construction d’une usine à Mayotte, sans bénéficier d’aucune aide particulière de l’État, précise-t-il.

Malgré un contexte géopolitique complexe, il affiche son optimisme : le groupe investit aujourd’hui en Afrique et en Europe, preuve selon lui que des entreprises nées dans les Outre-mer peuvent se développer à l’international. Reste à savoir si la route directe vers Sète et la fibre mahoraise verront le jour au rythme espéré.

Q&A

What is the dispute between Mayotte THD and Orange about?

Orange wants to deploy its own self-funded network in the most profitable zones, which would remove the revenue that funds coverage of less profitable areas and unbalance the whole delegation's economic model.

How has Océinde responded to the Mayotte fiber dispute?

He raised the issue with the President of the Republic during a visit to Mayotte and La Réunion and says the government, which holds about 30 percent of Orange's capital, should intervene with Orange.

What assets support La Réunion's ambition to become a digital hub?

ZEOP, the METISS submarine cable, Omega 1 and data center investments, though two additional submarine cables and major international operators are still lacking.

What maritime project does Nassir Goulamaly propose?

A regional shipping company with a direct route between La Réunion and the port of Sète, to secure supplies and position the island as a platform between Africa and Europe.