La préfecture de La Réunion a annoncé, dimanche matin, un bilan de 18 interpellations, dont des mineurs, et d’une dizaine de policiers blessés après une nuit de violences urbaines survenues en marge de la mobilisation des Gilets jaunes contre la vie chère, samedi 17 octobre. Plusieurs quartiers de l’île ont été le théâtre d’affrontements et de dégradations qui se sont prolongés une grande partie de la nuit, dans une situation que les syndicats policiers jugent intenable.
Côté moyens déployés, la préfecture indique que 120 fonctionnaires ont été mobilisés en zone Police, où neuf blessés sont à déplorer. En zone Gendarmerie, 99 militaires ont été engagés et deux ont été blessés. Ces chiffres alimentent désormais un débat sur l’adéquation des effectifs et des équipements dont dispose l’État sur le territoire.
Les forces de l’ordre ont été prises pour cible à Saint-Denis, au Port, à La Possession et à Saint-Pierre, selon les syndicats de police : jets de galets, tirs de mortiers d’artifice, poubelles, mobilier urbain et véhicules incendiés. À Saint-Pierre, le syndicat Alliance Police Nationale dénonce la mise en place de barrages filtrants et des slogans hostiles aux forces de l’ordre, et affirme que des sapeurs-pompiers auraient été visés par des jets de pierres lors de leurs interventions.
À Saint-Denis, des départs de feux ont été observés en début de soirée dans plusieurs quartiers du chef-lieu, dont le Chaudron et les Camélias. Des feux de barricade ont été allumés au Chaudron, sur l’avenue Roger Payet en face de la station Engen, et au milieu de la chaussée aux Camélias. Sur le boulevard sud, vers la Providence, un supermarché a été vandalisé et plusieurs départs de feu ont été constatés après 20 heures.
À La Possession, les dégâts sont particulièrement importants dans la Zac Moulin Joli, un quartier placé sous couvre-feu depuis le 14 octobre jusqu’au 2 novembre inclus. Une enseigne de restauration rapide a été ravagée par un incendie au cours de la nuit. Selon un homme se présentant comme manager de l’établissement, plusieurs jeunes cagoulés seraient entrés dans le restaurant vers 3 heures du matin, auraient saccagé les lieux puis mis le feu du côté de la chambre froide. Dimanche vers 8 heures, d’importantes fumées s’échappaient encore du bâtiment, et de nombreux débris, morceaux de verre et galets jonchaient le sol aux abords du rond-point de Sacré-Cœur. Vingt-quatre sapeurs-pompiers et six engins ont été déployés ; l’incendie a été maîtrisé en fin de matinée selon les pompiers.
Erick Fontaine, maire de La Possession, présent sur place jusqu’à l’aube, évoque de nombreux affrontements opposant une centaine d’individus cagoulés aux forces de l’ordre. L’incendie se serait déclenché juste après le repli des policiers et des gendarmes. Face à l’enseigne détruite, un second restaurant a également été vandalisé et pillé. L’élu estime qu’environ 50 emplois sont menacés. « C’était une soirée épouvantable. J’ai échangé avec le préfet cette nuit et il faut qu’on ait des moyens supplémentaires. On ne peut pas passer ce soir et demain soir comme ça. Il nous faut des moyens supplémentaires de Gendarmerie sur le territoire », a-t-il déclaré, précisant qu’il sépare le couvre-feu de ces violences, « deux choses différentes » selon lui.
À Saint-Benoît, la façade de la brigade de gendarmerie de Bras-Fusil a été endommagée par un incendie à proximité de logements occupés. La porte du local regroupant plusieurs associations, situé près de la gendarmerie, a été forcée, et les auvents du bâtiment ont été touchés par les flammes.
Dans un communiqué, l’UNSA Police 974 fait état de plusieurs policiers blessés, certains touchés aux yeux par des éclats de verre. « On dénombre une dizaine de collègues blessés, des hématomes dus aux jets de galets et plus gravement deux collègues atteints par des éclats de verre dans les yeux », souligne Mickaël Hoareau, secrétaire régional du syndicat, pour qui ces scènes relèvent de « guérillas urbaines ». Il insiste : « ça n’a rien à voir avec le mouvement des Gilets Jaunes, puisque ça n’a pas de revendication purement. Dès le début, c’était vraiment des jeunes qui venaient en découdre avec nos collègues. C’était de la violence gratuite ». Le syndicat condamne des agressions qu’il qualifie de « gratuites et intolérables » et demande une réponse judiciaire « ferme, rapide et proportionnée à la gravité des actes commis ».
Alliance Police Nationale, de son côté, rappelle qu’une manifestation déclarée contre la vie chère ne saurait justifier des violences envers les forces de l’ordre, et réclame au préfet de La Réunion des renforts policiers conséquents ainsi que des véhicules de maintien de l’ordre et d’intervention plus récents. « C’est un bilan désastreux, car une manifestation de Gilets jaunes a basculé en violences urbaines. La manifestation des Gilets jaunes est légitime lorsqu’elle est déclarée par la préfecture. Par contre, à partir du moment où on se regroupe sans autorisation dans le cadre d’attroupements armés, comme c’était le cas hier soir, c’est intolérable », juge Stéphane Patche, secrétaire départemental du syndicat, qui estime que « l’État doit donner les moyens d’exercer notre métier convenablement » et dénonce un parc automobile « très vétuste ». Dans son communiqué, le syndicat s’indigne : « Il faut arrêter de croire que La Réunion c’est ce paysage de carte postale, il faut une prise de conscience ! », et juge les effectifs actuels insuffisants.
Dimanche, le calme semblait revenu sur les quartiers touchés, selon Mickaël Hoareau, mais les syndicats appellent à rester vigilants, la situation pouvant « repartir à tout moment ». Reste à savoir si le préfet répondra aux demandes de renforts formulées par les élus et les organisations policières avant les prochaines nuits.