Pétrolier DF PEAK : une zone d'exclusion pour protéger les usagers de la mer

Pétrolier DF PEAK : une zone d'exclusion pour protéger les usagers de la mer

Une zone d'exclusion encadre la baie de La Possession autour du navire

Le pétrolier DF PEAK, arraisonné lundi 12 octobre par la Marine nationale à près de 500 milles nautiques au sud de La Réunion, a jeté l’ancre jeudi 15 octobre dans la baie de La Possession. Pour les habitants et les usagers de la mer, cette arrivée a des conséquences concrètes : depuis mercredi 14 octobre, une zone d’exclusion encadre les eaux autour du navire immobilisé.

Sur recommandation du commandement maritime, le préfet de La Réunion a pris deux arrêtés préfectoraux mercredi 14 octobre. Une fois le navire à son point de mouillage, toute activité maritime est interdite dans un rayon de 500 mètres : ni circulation, ni mouillage, ni activités nautiques. Pendant le transit, les règles étaient encore plus larges. Dérouté sur décision judiciaire, le navire a traversé la mer territoriale de La Réunion sans émettre de signal AIS, le système qui transmet la position d’un bateau. Cette absence créait des risques spécifiques pour la navigation, ce qui a conduit le préfet à interdire d’abord la navigation, le stationnement, le mouillage et toute activité nautique, aquatique ou sportive dans un rayon de 1 000 mètres autour du pétrolier pendant sa traversée.

La surveillance reste stricte. Depuis l’arrivée du navire, un hélicoptère militaire effectue des survols réguliers au-dessus de la baie.

Sur le plan judiciaire, la procureure de la République a annoncé mardi 13 octobre l’ouverture d’une enquête après l’arraisonnement de ce navire battant pavillon béninois. Ce type de bâtiment figure depuis juin 2024 sur la liste de l’Union européenne des navires placés sous sanctions, car soupçonnés d’appartenir à la “flotte fantôme russe”, utilisée par la Russie pour contourner les embargos occidentaux sur le pétrole. Le contexte régional éclaire la présence du navire dans la zone : avec les difficultés autour du détroit d’Ormuz et la fermeture de Bab-el-Mandeb, les flux maritimes qui empruntaient les routes du nord de l’océan Indien passent désormais au sud de l’océan Indien.

L’enquête, confiée à la gendarmerie maritime et au groupement de gendarmerie départementale de La Réunion, doit déterminer les conditions d’exploitation du navire et identifier son propriétaire et son armateur, dont la responsabilité pénale doit être recherchée. L’appartenance présumée à la “flotte fantôme russe” devra être prouvée. Selon le récit des autorités, le capitaine aurait refusé de justifier la nationalité du navire lors du contrôle en mer au moment de l’arraisonnement. Ce refus est passible de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende ; la confiscation du navire est également encourue.

Le DF PEAK mesure 244 mètres de long et 42 mètres de large, et aurait été construit en 2006. Battant pavillon russe en avril 2024, il aurait changé de propriétaire en juin 2025 et, officieusement, de pavillon. Selon la préfecture de La Réunion, le bateau est officiellement considéré comme sans pavillon.

Du côté des personnes à bord, le capitaine, de nationalité chinoise, a été placé en garde à vue à l’arrivée du bateau, jeudi 15 octobre à 7h55. D’une durée de 24 heures, cette garde à vue pourra être renouvelée une fois pour la même durée. Une perquisition a été menée à bord par les enquêteurs, en présence du capitaine. Les 21 membres d’équipage, issus de plusieurs nationalités, ont fait l’objet dès l’ouverture de l’enquête de mesures de restriction et de privation de liberté pendant 48 heures, prolongées par périodes de 120 heures renouvelables. Ces mesures ont désormais pris fin pour les 20 autres membres d’équipage, de nationalités indonésienne, birmane et chinoise. Ils demeurent à bord du navire immobilisé, dans le cadre des mesures administratives qui leur sont applicables.

L’affaire a aussi une dimension diplomatique. L’ambassade de Russie en France a indiqué qu’elle vérifiait si des ressortissants russes se trouvaient parmi l’équipage, et a dénoncé mardi 13 octobre une “violation flagrante des normes du droit international” au sujet de l’arraisonnement du navire par la Marine nationale française.

Pour les riverains de La Possession et les usagers de la baie, la situation reste encadrée par les arrêtés préfectoraux tant que le navire demeure à son mouillage, sous la surveillance régulière de l’hélicoptère militaire. Reste à savoir combien de temps le DF PEAK restera immobilisé dans la baie, et ce que l’enquête révélera sur son propriétaire et son armateur.

Q&A

Quelles restrictions s'appliquent aux usagers de la mer autour du DF PEAK ?

Depuis le 14 octobre, deux arrêtés préfectoraux interdisent toute circulation, mouillage et activité nautique dans un rayon de 500 mètres autour du navire à son point de mouillage ; pendant son transit, un rayon de 1 000 mètres s'appliquait en raison de l'absence de signal AIS.

Pourquoi le navire a-t-il été arraisonné ?

Le pétrolier, arraisonné le 12 octobre par la Marine nationale à près de 500 milles nautiques au sud de La Réunion, figure depuis juin 2024 sur la liste de l'Union européenne des navires soupçonnés d'appartenir à la flotte fantôme russe, utilisée pour contourner les embargos occidentaux sur le pétrole.

Quel est le sort de l'équipage ?

Le capitaine, de nationalité chinoise, a été placé en garde à vue de 24 heures renouvelable une fois. Les 21 membres d'équipage ont fait l'objet de mesures de restriction et de privation de liberté, désormais levées pour les 20 autres, de nationalités indonésienne, birmane et chinoise, qui demeurent à bord dans le cadre de mesures administratives.

Quelles sanctions risque le capitaine ?

Selon le récit des autorités, il aurait refusé de justifier la nationalité du navire lors du contrôle en mer, un refus passible de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende ; la confiscation du navire est également encourue.