Vingt ans que le Kolèktif 20 an kréol dann lékol, droi bann marmay Larényon (Collectif 20 ans de créole à l’école et Droits des enfants réunionnais) milite pour que le créole réunionnais trouve sa place à l’école. À l’approche de la Journée Internationale du créole, ses membres demandent des comptes aux signataires du Pacte linguistique, trois ans après la signature de cet engagement en novembre 2023.
Le courrier envoyé fait suite à un premier envoi daté de mars 2024, par lequel le collectif appelait déjà de ses vœux “un travail collectif transparent et démocratique sur la structuration d’une politique linguistique ambitieuse et volontariste en faveur de notre créole réunionnais”. Le texte intégral de la démarche est accessible sur le site d’Imaz Press à l’adresse suivante : https://imazpress.com/courrier-des-lecteurs/politique-linguistique-et-responsabilite-de-l-tat-et-des-collectivites-de-la-reunion-demande-de-point-d-eta
Additional reference context is available at https://imazpress.com/courrier-des-lecteurs/politique-linguistique-et-responsabilite-de-l-tat-et-des-collectivites-de-la-reunion-demande-de-point-d-etape.
Au cœur des interrogations figure l’Institut public du créole réunionnais. Ses travaux se poursuivent depuis bientôt trois ans sans que les finalités ne soient précisées, selon le collectif. Celui-ci souhaite connaître le statut de l’Institut, les communes ou intercommunalités appelées à s’y associer, les priorités de ses travaux en matière d’aménagement, de statut et d’usage de la langue, et la place réservée aux acteurs du Collectif qui œuvrent directement sur le terrain linguistique.
La transparence du fonctionnement du Pacte constitue le second volet de la demande. Le collectif sollicite la communication de la composition du comité scientifique, qui compte vingt membres, ainsi que le nombre de réunions effectivement tenues, alors que le Pacte en prévoit deux par an, et l’accès éventuel aux comptes rendus de ces travaux. Il interroge également les signataires sur la tenue de la “journée du pacte linguistique ouverte au grand public”, censée dresser le bilan des actions et ouvrir des perspectives, ou, à défaut, sur les raisons de sa non-tenue. Les “conventions financières annuelles”, qui doivent préciser l’apport de chaque signataire, ont-elles été établies et sont-elles consultables ? À défaut, le collectif demande à en être informé. Il s’interroge enfin sur les perspectives de renouvellement du Pacte en novembre 2026, celui-ci ayant été signé en 2023 pour une durée de trois ans renouvelable.
Le sentiment qui se dégage de ces trois années d’efforts est celui d’une mise à l’écart. Le collectif, qui reste convaincu qu’une politique linguistique volontariste et pertinente ne pourra se construire qu’avec l’ensemble des acteurs, institutionnels ou non, réitère sa volonté d’être associé aux travaux. Mais malgré les déclarations, et après trois ans passés à interpeller et à rencontrer les uns et les autres, il éprouve ce sentiment d’exclusion et constate un manque de volonté politique de faire travailler ensemble les forces vives linguistiques de l’île.
Les engagements en faveur de l’école restent, eux aussi, en suspens. Près de trois ans après le vote par la Région de la motion de décembre 2023 “Pour une école en harmonie avec notre société”, et indépendamment de la poursuite du chantier engagé pour la création d’un organe public dédié à la langue réunionnaise, les engagements pris n’ont toujours pas été tenus, relève le collectif. Il s’agit du “Grand plan d’information sur l’enseignement de la langue, de la culture réunionnaises et de l’Histoire de La Réunion”, ainsi que de l’identification d’un poste de référent de la politique linguistique et d’un chargé de mission. Pour permettre une structuration ambitieuse et harmonieuse de l’enseignement du créole à l’école à La Réunion, une Convention État-Région pour l’enseignement et le développement de la langue et de la culture réunionnaises apparaît, aux yeux du collectif, plus qu’urgente.
Fidèle à l’héritage des premières luttes culturelles et linguistiques, le collectif dit rester mobilisé. À l’approche de la Journée Internationale du créole, il attend un positionnement clair sur toutes ces interrogations.