Maurice mise sur le Waqf pour dynamiser sa finance islamique

Maurice mise sur le Waqf pour dynamiser sa finance islamique

Une réforme du waqf pour orienter la finance islamique vers les projets sociaux

Maurice veut jouer un rôle plus grand dans la finance islamique mondiale, et c’est le public qui pourrait en retirer les bénéfices. Le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, a présenté cette ambition à Londres, les 13 et 14 octobre, lors de la 5e édition de l’Al Baraka Summit, devant des représentants gouvernementaux, des experts de la finance islamique et des investisseurs internationaux.

Au cœur de cette démarche figure le waqf. Cette institution du droit islamique a une vocation première sociale. Le ministre a invité les banques islamiques, les gestionnaires d’actifs, les fonds souverains et les bureaux de gestion de grandes fortunes à considérer Maurice comme une juridiction stratégique pour structurer, administrer et développer des investissements liés au waqf. Son ambition : faire du pays une passerelle entre l’Afrique, l’Asie et les pays du Golfe, en s’appuyant sur son environnement institutionnel et son positionnement international.

L’enjeu pour les citoyens dépasse la simple technique financière. Maurice pourrait accueillir des fonds dédiés au waqf et faciliter les investissements transfrontaliers. La finance islamique mobilisée de cette façon pourrait bénéficier à des projets sociaux, éducatifs et humanitaires. Le ministre souhaite aussi faire du waqf un véritable instrument de développement économique et de solidarité internationale. Il souligne la complémentarité entre le waqf, la zakat et les autres mécanismes de finance sociale islamique, notamment pour répondre aux crises humanitaires.

Pour que cette vision se concrétise, la modernisation de la gestion du waqf à Maurice est jugée indispensable par Shakeel Mohamed. Le pays dispose d’une législation en la matière depuis 1941. Le gouvernement veut désormais renforcer ce cadre afin de répondre aux exigences actuelles de transparence, de bonne gouvernance et de conformité à la Charia, la jurisprudence islamique. La révision de la Waqf Act devrait permettre d’encadrer davantage les fonds de dotation, à travers des mécanismes de licence et de supervision.

Plusieurs propositions concrètes sont sur la table. Elles proviennent de la première Conférence internationale sur le Waqf organisée à Maurice. Il s’agit notamment d’un audit national des propriétés du waqf, de la création d’un registre numérique et du développement de plateformes de « cash waqf ». Un Mauritius Waqf Investment Fund est également envisagé. La formation des administrateurs, les mutawallis, et la création d’un Conseil consultatif national de la Charia complètent les mesures proposées.

Ces chantiers de gouvernance et de transparence visent un objectif précis : donner aux citoyens et aux partenaires internationaux des garanties sur la manière dont les biens et les ressources du waqf sont administrés. À travers cette initiative, le gouvernement ambitionne de donner à Maurice un rôle qui dépasse celui d’un simple gestionnaire de ses propres biens. Le pays pourrait devenir un centre de structuration, d’investissement et de gestion de fonds islamiques destinés à des projets menés dans plusieurs régions du monde.

En marge du sommet londonien, Shakeel Mohamed a par ailleurs rencontré Necmeddin Bilal Erdoğan, fils du président turc Recep Tayyip Erdoğan, dans le cadre des échanges avec différentes personnalités internationales du secteur.

Reste à savoir si ces engagements se traduiront en réformes effectives. Le ministre a posé les jalons d’une ambition nationale : moderniser un cadre légal vieux de plus de huit décennies, renforcer la transparence et positionner Maurice comme une plateforme de référence pour le waqf à l’échelle internationale. La réussite du projet se mesurera, à terme, à la capacité du pays à canaliser des ressources de la finance islamique vers des projets qui profitent au plus grand nombre.

Q&A

What is the waqf and why does it matter to the public?

The waqf is an institution of Islamic law whose primary vocation is social; it can fund social, educational and humanitarian projects, which is why the minister wants Mauritius to serve as a hub for it.

Why is the government revising the Waqf Act?

To reinforce the 1941 legal framework with licensing and supervision mechanisms, and to meet current requirements of transparency, good governance and Shariah compliance.

What concrete measures have been proposed?

A national audit of waqf properties, a digital register, cash waqf platforms, a possible Mauritius Waqf Investment Fund, training of mutawallis and a national Shariah advisory council.

How will the success of the initiative be measured?

By its capacity to channel Islamic finance resources toward projects that benefit the greatest number of citizens.